Je pars de bonne heure, l’étape est longue pour arriver à Samson une grande ville de Turquie située au bord de la mer Noire et qui compte 439 000 habitants. A 5 h30 je suis déjà au restaurant pour prendre mon petit-déjeuner, 10 minutes plus tard le patron est là, il s’est levé plus tôt que d’habitude pour me dire au revoir ce qui est très sympathique de sa part. Il prend le thé en ma compagnie avant de mettre mon sac pour la photo.
Dehors il fait frais, le ciel est clair mais plus bas dans la vallée il y a un épais brouillard que je vais retrouver quand je redescendrai la montagne. Quand je prends la route à 6h je dois encore monter pendant deux kilomètres pour atteindre le sommet. Dans la descente, pas loin d’une habitation six chiens viennent vers moi en aboyant. Je leur fais face et leur parlant, ils se calment puis me suivent à quelques mètres. Un peu plus loin, il n’en reste plus que trois qui vont m’escorter. Il y en a un noir qui est très agressif avec les voitures, quand il en voit une il fonce dessus en aboyant et chaque fois les conducteurs sont obligés de faire un écart pour l’éviter ensuite, il revient vers moi avec les deux autres. Combien de temps vont-ils me suivre ? Quand tout à coup un grand bruit, au passage d’un bus un des trois se fait projeter au milieu de la route quelques dizaine de mètres plus loin, le choc est violent, des morceaux de chair sont éparpillés sur la route, il a été tué sur le coup. Aussitôt, les deux autres vont autour, restent quelques minutes à côté avant de revenir vers moi pour continuer à me suivre de plus en plus près, en tendant la main je peux les caresser. Le chien noir, ce n’est pas lui qui s’est fait tuer continue à sauter et aboyer au passage des véhicules.
Depuis 5 où 6 kilomètres que je redescends la montagne, je suis maintenant dans le brouillard épais. Je me suis habitué à eux et quand je fais ma pose ils stoppent aussi, se mettent assis de chaque côté de moi et me regardent manger mes gâteaux avec pitié si bien que je craque et partage avec eux mes quelques provisions. Ce n’est pas comme cela que je vais m’en débarrasser, en attendant cela me fait une compagnie car même si au début ils aboyaient maintenant ils sont des plus dociles.
Ils sont avec moi depuis plusieurs heures quand en passant devant un pâté de maisons ils rencontrent d’autres chiens enfermés, peut-être des chiennes et me laissent continuer ma route sans que je ne les revoie, je suis à nouveau seul, je m’y étais habitué. Il me faut attendre jusqu’à dix heures pour quitter la masse de brouillard et retrouver le soleil du sommet.
Hier j’avais mangé avec les ouvriers de l’autoroute, aujourd’hui j’aurai pu manger avec deux routiers qui cuisinaient, arrêtés sur un parking et qui m’invitent à venir partager leur repas alors que je sors de table, je les remercie après leur avoir dit pourquoi et comme je ne veux par perdre de temps, la route est longue jusqu’à Samsun je continue mon chemin.
Alors que je marche à vive allure dans la descente de la dernière grande difficulté, sur le bord de la route je trouve à 50 centimètres d’intervalle une carte d’identité, une carte bancaire et une carte de grande surface avec trois noms différents. Quelques kilomètres plus loin je tombe sur un contrôle de police pour les camions, je leur remets les trois cartes. Un peu plus loin, c’est moi qui me fais contrôler deux fois par les policiers qui me demandent où je vais, où je dors sans me vérifier mes papiers.
Quand j’arrive à l’entrée de Samsun, la nuit est tombée, des routes à quatre voies qui se croisent avec une circulation intense. Pas beaucoup d’explication et personne pour me renseigner au milieu de ce flot de voitures, je ne suis pas sorti de l’auberge et c’est dangereux car je ne suis pas éclairé. J’ai déjà fait 45 km plus que ce que je croyais quand je vois une grande enseigne lumineuse, ‘’Auto Gare Samsun’’, c’est la gare routière. Je demande à un chauffeur s’il y a un bus qui va au centre ville, il me dit de monter.
Un quart d’heure après j’arrive à destination, je n’ai plus à chercher qu’un hôtel il est déjà plus de 19 heures. Ce que je croyais le plus facile me prend plus d’une demi-heure. Un jeune turc qui m’accompagne m’explique qu’il n’y en a pas beaucoup et qu’ils sont très chers, je vais devoir payer ma chambre qui n’est pas terrible 24 euros à comparer avec les 18 euros des jours précédents avec repas du soir et petit-déjeuner. Il est tard et je n’ai pas trop le choix.