Comme c’était à prévoir la nuit n’a pas été très confortable ni réparatrice. Le bruit des va et vient des camions et des voitures m’a perturbé pendant mon sommeil. Avant de partir, je profite du restaurant pour aller m’ingurgiter un copieux petit déjeuner. Le relief reste le même qu’hier seulement le vent à changé d’orientation, je l’ai maintenant dans le dos et ce n’est pas bon signe à commencer par le soleil qui ne veut pas se montrer. Je profite à nouveau d’une station pour déjeuner même s’il n’est que 11 heures car je ne suis pas sur dans retrouver une autre le moment venu.
Ce que je suis sur, c’est que la pluie commence à tomber, d’abord quelques gouttes pour aller en s’accentuant alors que le vent me porte vers l’avant accélérant ma vitesse de marche. Pour ne pas prendre froid, je réduis mon temps de pose, deux policiers dans une voiture arrêtée au bord de la route me saluent en me voyant passer avec mon poncho gonflé par le vent tel un épouvantail. Après une descente de 5 km la pluie et le vent ont cessé avant de franchir un petit col, 3 kilomètres mais avec des pentes qui avoisinaient 15% par endroit.
Après l’avoir redescendu en partie, j’arrive à une petite maison habitée et comme il est déjà 17h, je frappe au deux entrées sans obtenir de réponses. Sur un petit terrain à côté de la maison, des tables avec des bancs abrités sous un toit. Je m’installe en me disant que je peux dormir là.
Dix minutes plus tard, voilà qu’un turc arrive, je lui explique mon défi et lui demande si je peux passer la nuit là, je lui montre aussi mon papier, peut-être va t-il m’héberger. Il parle très fort comme s’il était en colère, je ne comprends rien de ce qu’il me raconte et je le suis jusqu’à la maison. Il m’invite à m’asseoir, fait du feu et me dit de manger du raisin qui est sur un plateau. La pièce ressemble à un bureau, je me dis que c’est bon, nous regardons la télévision, prenons des photos.
A 19 heures, quand je dis à Marie-Jeanne que je suis au chaud ce soir, un autre turc arrive, ce que je comprends c’est qu’il veut m’amener à l’hôtel et me demande si j’ai des dollars, je lui dis que non et lui montre que je n’ai que 15 yénis (9 euros). Il se met en colère, me dit de sortir et comme je suis en nu- pieds, je veux remettre mes chaussures mais ne me laisse pas le faire.
Dehors la nuit est tombée, tout en continuant à vociférer il monte dans sa voiture pour partir en direction du col pendant que l’autre qui n’a rien dit pendant tout ce temps redescend le col. Sous la lumière de la pleine lune, en nu-pieds en pleine montagne je marche quelques centaines de mètres avant de trouver un endroit propice derrière le rail de sécurité, du côté où le terrain descend à pic vers la rivière en contrebas. Il n’est pas question de monter la tente, elle servira seulement à m’isoler du sol. J’ai de la chance, le temps s’est amélioré et le ciel est bien étoilé. Avant de me mettre dans mon duvet et contempler le ciel je mange les quelques proposions qu’il me reste, un pain, une tablette de chocolat et deux bananes.