J’ai passé une excellente nuit, dehors le ciel est tout rouge (signe de vent) quand je fais mes adieux à Fikri. Il fait encore frais quand j’arrive à Yeniçaga, je rentre dans le premier café pour me réchauffer et prendre deux thés, c’est une des rares fois où je vais sortir de l’argent (0.50 yeni, 0.30 euro les deux, je ne suis pas ruiné).
La route est très vallonnée, les côtes à répétions ont de forts pourcentages, je suis fatigué, depuis plusieurs jours mes étapes ne sont que de 32 à 34 km.
Quand j’arrive à Gérédé à 12h30, j’ai une faim de loup, je rentre dans le premier restaurant que je vois. J’ai encore souffert du vent non favorable mais il m’assure le beau temps contrairement au vent d’ouest favorable mais qui m’amène la pluie.
Depuis Ipsala frontière de la Turquie, j’emprunte presque en permanence une route à quatre voie, je suis actuellement en altitude sans aucun village à l’horizon quand arrive le moment de chercher un toit. Les stations sont mes principaux lieux d’hébergement quand je suis trop loin des lieux d’habitations.
A une 1ère station où je demande d’être hébergé, c’est négatif. A la suivante où je renouvelle ma demande au serveur du restaurant, je crois comprendre que c’est oui et je demande pour manger. Mon repas terminé, à ma grande surprise le serveur m’indique un terrain caillouteux à côté de la station, moi qui croyais trouver un toit je suis servi.
Je prends mon sac et quitte les lieux. A quelques centaines de mètres de là, de l’autre côté de la route un champ de petits sapins, le terrain semble pas mal. Je vais monter ma tente au milieu des arbres, je ne serai pas visible dans cet endroit désert. Alors que je suis bien installé, deux jeunes turcs bien habillés font irruption, je suis fort étonné. Je parle avec eux quelques minutes après quoi ils continuent leur chemin vers la montagne. Je pense qu’ils rejoignent leur village par un raccourci quand 10 minutes plus tard, n’ayant pas pu aller plus loin reviennent sur leurs pas, je discute de nouveau avec eux. De toute évidence, ils ne connaissent pas les lieux et mille questions trottent dans ma tête, m’ont-ils suivi, m’ont-ils vu monter dans le bois de sapins, sont-ils en relation avec les deux jeunes d’il y a quelques jours à qui j’ai donné mon itinéraire, autant d’interrogation. Je préviens Marie-Jeanne par sms de ma position et de cet incident au cas où il m’arriverait quelque chose. Elle me répond, elle est inquiète, par prudence et pour la rassurer alors que la nuit est déjà tombée, il est 19h30 je décide de tout ranger et retourner au parking la station service, sur une table sous une tonnelle je déballe mon duvet avec l’accord du pompiste. Je mets mon sac sous la table après l’avoir attaché à mon bras avec une ficelle. Même si la nuit ne va pas être très confortable, elle sera plus rassurante.