C’est la première nuit que je passe sur des chaises, tout compte fait, je n’ai pas si mal dormi que cela et j’ai eu chaud, il a même fallu que j’ouvre mon duvet car je transpirais. Quand la veille je disais que j’allais à Bolu aujourd’hui, les gens de la main m’indiquaient une bonne montée et tous faisaient le même geste, la main inclinée vers le haut, je sais à quoi m’en tenir.
Comme tous les matins maintenant il fait frais, chaudement habillé, je dis au revoir au pompiste à travers les vitres de son petit local d’où il observe l’arrivée des clients pour aller les servir car ici comme dans les autres pays que j’ai déjà traversé il n’y a pas de libre service. Je marche depuis ¾ d’heure quand je repasse devant le restaurant où j’ai mangé la veille au soir puis commence l’ascension. Ils ne m’avaient pas mentis, c’est même pire que ce que j’ai imaginé, 9 km de montée régulière à plus de 10% et comme si cela ne suffisait pas, le vent qui souffle le plus souvent de face.
Il me faut quatre heures pour atteindre le sommet avec une pause de 20 minutes dans un restaurant au 5ème kilomètre. Le patron m’offre deux grands thés avec une panière de pain et une assiette de miel recouverte de beurre que je mélange, c’est excellent et cela va me redonner des forces pour arriver en haut, il est 11h30, quelques minutes de répit. Le soleil a réchauffé l’atmosphère, je me découvre un peu avant d’attaquer la descente.
Je veux être à Bolu de bonne heure pour aller sur internet pour graver les photos à envoyer à Marie-Jeanne et consulter ma boite aux lettres. La encore la générosité turque, le patron me dit que c’est gratuit.
Deux jeunes filles de 16, 17ans avec qui j’ai ouvert la conversation à l’internet café m’accompagnent tout en rentrant chez elles. Alors que nous passons devant un market, elles veulent à tout prix m’acheter quelque chose, je leur dis que j’ai ce qui faut pour manger ce soir et j’accepte deux petites bouteilles d’eau avant de leur dire au revoir.
Il est bientôt 18h, il faut que je trouve un toit, ma demande à l’épicerie n’a pas aboutie. Je rejoins la grande route à 4 voies que j’ai quittée pour rentrer dans la ville, je m’adresse à la 1ère station à côté de laquelle le patron boit son thé. Je lui montre mon périple et lui demande s’il n’a pas un toit même précaire pour passer la nuit au chaud. Aussitôt, il me dit de le suivre et m’amène dans un petit local vide derrière la station où il y a tous les compteurs électriques. Il va également me chercher des cartons sur lesquels je pourrai étaler mon duvet pour dormir avant de m’offrir le thé. Je suis entrain de manger quand il revient avec à la main une assiette pleine de gâteaux : deux choux à la crème, trois gros macarons, trois spécialités turques et un nouveau thé, il m’indique où sont les toilettes puis me laisse peinard.
Malgré les grosses difficultés j’ai parcouru 33km, je regarde le profil de l’étape de demain, plusieurs côtes à plus de 5% (1 chevron sur la carte) mais rien à voir avec aujourd’hui. Comme tous les soirs et tous les matins, j’envoie un sms à Marie-Jeanne, la réponse reçue, je me couche.