
La nuit a été très chaude, je suis réveillé tôt importuné par toutes ces bestioles qui raffolent de moi, le jour n'est pas encore levé, il est 4h30 du matin. J'attends un peu avant de commencer à ranger et quand je prends le sac plastic dans lequel 3 galettes m'attendent pour mon petit déjeuner, je trouve une véritable fourmilière. Je n'ai plus qu'à les jeter et attendre la première épicerie pour me restaurer mais pour cela, il faut que je quitte l'autoroute et que je rejoigne la G110. En contre bas à une centaine de mètres il y a une route, j'aperçois une borne kilométrique, je descends voir, il s'agit de la G110 que je rejoins à la première sortie avant d'arriver à Huailai, il est 8 heures. Pendant que je prends mon petit déjeuner, un chinois à qui j'ai demandé où l'on pouvait acheter des pneus pour mon chariot enfourche sa moto et part m'en chercher. Une demi-heure plus tard il revient sans en avoir trouvé remorqué par une autre moto car il est tombé en panne.
Arrive un fourgon et une voiture de police, huit policiers au total prévenu de ma présence viennent me faire une visite. Je leur demande s'ils peuvent m'aider à trouver des pneus après leur avoir expliqué mon aventure.
Avec quatre d'entre eux, je pars dans le fourgon faire les magasins d'accessoires de chariots. Je leur dis que c'est dans un magasin d'accessoires de vélos qu'il faut chercher, une heure et demie plus tard, une femme policière nous rejoint et nous entamons une nouvelle virée sans résultat. Huailai est la dernière ville importante où j'ai une chance d'en trouver, Pékin est encore trop loin pour pouvoir finir avec ceux que j'ai. Je commence à désespérer mais nos charmants policiers ne désarment pas, il est presque 11 heures, je n'y crois plus quand nous arrivons dans un petit magasin, il y a là plein de variétés de pneus et près de la caisse plusieurs piles de pneus de petites dimensions. Mon regard fait tilt, en voilà, je saute de joie, je suis si heureux que je ne cherche même pas à monnayer, je règle aussitôt les 30 yuans demandés.
Nous retournons au restaurant où j'ai laissé mon chariot, nous retrouvons la deuxième voiture de police qui est restée là à nous attendre. A ce moment la jeune femme policière me demande mon passeport qu'elle me rend après avoir relevé certaines informations.

Il est déjà 11 heures, si je veux faire 40 km, je n'en ai fait que 15, je ne dois pas perdre de temps.
Je suis tellement content d'avoir pu me dépanner que la fatigue n'a plus d'effet sur moi, les kilomètres défilent surtout que la route est plate. A 17h30, un repas rapide avant de reprendre mon chemin et atteindre vers 18h au 34ème km une petite ville. Un premier hôtel, de la main on me dit d'aller plus loin, un deuxième, même chose. Je veux comprendre mais pas de réponses à mes questions et à chaque fois un regroupement de curieux se forme.
Cela ressemble à il y a quelques jours où c'était les policiers qui interdisaient aux hôteliers de me louer une chambre et voulaient que je quitte la ville. J'arrive à un troisième hôtel, le personnel et la patronne sont devant le hall d'entrée, avant que je ne dise quoique ce soi, même geste de la main ce qui fait rire de bon cœur le personnel et tous les curieux qui sont autour de mon chariot. Pris d'une colère au milieu d'une trentaine de personnes, j'attrape un chinois par le maillot de corps avant de le relâcher. Je demande alors qu'on appelle la police quand celui que je viens de prendre au collet et deux autres à côté de lui me disent qu'ils sont de la police. En civil, c'est dur de les reconnaître, je m'excuse de mon geste d'énervement. Ils me demandent d'attendre, dix minutes après une voiture et un fourgon arrivent, sept policiers en descendent, j'explique qu'on ne veut pas de moi aux trois hôtels où j'ai demandé une chambre. Ils veulent mettre mon chariot dans le fourgon et me faire monter, je refuse catégoriquement, je vais à Pékin uniquement à pied. Ils me disent de les suivre, je vais encore marcher jusqu'à plus de 20 heures, la nuit est tombée quand nous arrivons à l'office de police, dernier bâtiment à la sortie de cette ville tout en longueur.
Je leur montre mon papier écrit en signes chinois qui dit comment je m'appelle, que je peux dormir parterre, que j'ai un matelas et un duvet. Je me dis que je vais être hébergé gratuitement, je n'aurai pas l'hôtel à payer, plusieurs fois déjà j'ai dormi et mangé au poste de police.
Il est presque 21 heures, quand ils me rendent mon passeport après m'avoir pris en photos sur toutes les coutures, je me dis que maintenant j'allais pouvoir aller me coucher quand ils me demandent de les suivre à l'entrée de la cour, m'ouvrent le portail et me disent Pékin c'est tout droit, ils viennent de me remettre sur la route en pleine nuit sans lampe. Je suis fou de rage, cinq cents mètres plus loin je vois la lumière d'une station service, je vais peut-être pouvoir y dormir comme souvent cela a été le cas. Je suis à deux cents mètres environ quand une voiture noire me double, pénètre sur la station avant d'en sortir rapidement et repartir d'où elle venait. Je n'ai pas mis les deux pieds sur la piste que déjà quatre employés me barre l'accès me faisant signe de continuer ma route, la voiture noire, c'était des policiers en civil qui venaient d'interdire au personnel de m'accueillir.
Je quitte les lieux, je fais encore quelques centaines de mètres et je me couche le long de la route un peu en retrait, j'ai sorti seulement mon matelas et mon duvet avant de m'effondrer de fatigue, j'ai parcouru plus de 40 km.