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25 10 2007 Tosya

Il est l’heure de quitter ma bergerie, la nuit s’est bien passée, j’ai bien dormi et je ne me suis pas fait déloger. Toutes mes affaires rangées, il me faut redescendre sans escalier. Je mets mon sac sur le rebord, me suspends au plancher, je pose un pied sur une pierre du mur et l’autre sur ce qui reste de la rampe d’escalier. Alors que je récupère mon sac et que je prends un peu plus appui sur la rampe, celle ci cède et me voilà les quatre fers en l’air 1.50 mètre plus bas sans pouvoir me récupérer avant que mon sac me tombe dessus. La terre meuble et les restes de planche de l’escalier amortissent ma chute, quelques éraflures mais rien de graves, cela aurait pu être plus dramatique.
 
 Ma première réaction est de regarder si mon téléphone n’a rien, il est dans la poche sur le côté du sac qui est tombé du haut. Je suis soulagé de voir qu’il n’a rien, c’est la seule chose que j’ai pour communiquer avec Marie-Jeanne. Je me remets de mes émotions avant de prendre une photo et partir pour une nouvelle journée.
 P1000477.JPG
Quand je passe devant le café du premier village, celui-ci est fermé, je dois continuer ma route. Le temps est orageux, toute la journée je ne fais que mettre et enlever mon poncho, des petites averses à répétition qui ralentissent mon avancée. Je récents des douleurs et mon sac me fait mal sur la hanche et le bas du dos.
 
 Quand vers 15h30 j’aperçois Toya perché dans la colline et la route qui y mène je me dis que j’ai encore une sacrée difficulté à affronter, ce sera le terme de mon étape. Avant de monter vers Toya, je dois déjà redescendre sur plusieurs kilomètres la colline où je suis. Celle-ci descendue et arrivé au pied de la ville, j’ai l’agréable surprise de voir que ma route part vers la droite sans passer dans la ville, un ouf de soulagement car je ne suis pas bien du tout. Quelques producteurs installés au croisement m’invitent à boire le thé et m’offre des fruits. Je raconte mon aventure, un chauffeur qui va a Samsun, 200km plus loin et qui a écouté mon récit me propose de m’amener. Bien entendu je refuse en réexpliquant que j’effectue tout mon périple à pied. Je quitte la ville sans y être entrée et sans voir la station restaurant que je devais rencontrer.
 
Je suis maintenant sorti de la ville, le ciel est tout noir et l’orage menace, plus d’habitations ni abris à l’horizon, dois-je faire demi-tour ? J’ai trop de mal à avancer, je continue. Sans qu’il ne pleuve, l’orage commence à gronder, j’ai peu de temps pour me protéger et j’accélère le pas à la limite du trot, j’oublie mes douleurs, il faut faire vite. Je suis sauvé, une maison qui sert de bureau sur un grand parking, une grande avancée du toit avec en dessous un canapé bien abrité. Plusieurs personnes sont à l’intérieur, je demande à celle qui est derrière le bureau et qui doit-être le patron si je peux passer la nuit sous cet abri précaire. Le tonnerre continue à gronder, la pluie commence à tomber en même temps que la nuit et à ma stupeur, ma demande est rejetée malgré les conditions climatiques. Il m’expédie en me disant de faire du stop et retourner à l’hôtel à Tosya, je suis effondré de ce comportement.
 
 Un peu plus loin de l’autre côté de la route une fabrique de tuile, je m’empresse de traverser, la pluie tombe fortement et ruisselle déjà sur la route. A l’entrée une tonnelle d’environ cinq mètre de diamètre avec des bancs autour, quelle aubaine. A peine avoir atteint mon nouvel abri, le vent redouble de violence, les éclairs illuminent le ciel. Je suis obligé de me mettre sous mon poncho, me recroquevillé pour me protéger de la pluie qui tombe à l’horizontal par la force du vent. Cela dur plus d’un quart d’heure, le sol est trempé et je suis frigorifié. Je dois rester là pour la nuit, encore heureux d’avoir ce refuge de fortune sinon dans quel état je serais. Assis contre mon sac appuyé au pilier central j’attends que cela se passe. La pluie continue de tomber moins déchainée, sur la route l’eau ruisselle toute rouge de la couleur de la terre qui la borde. J’espère que je ne vais pas me faire éjecter, le local du gardien à l’entrée est vide, les personnes qui entrent et qui sortent en voiture ne me font aucunes remarques.
 
A 18h30 quand le concierge arrive, la nuit est tombée, je lui demande si je peux passer la nuit sous cet abri avant de lui raconter mon aventure, il accepte spontanément. Je sors ma tente que j’étale sur les bancs comme isolant, déplie mon duvet et me sers de mon sac comme oreiller. Je grignote mes dernières provisions, deux pommes et une poire que les cultivateurs m’ont données à l’entrée de Tosya et un morceau de pain qui a plusieurs jours. Avec mes maux physiques et ce maigre repas, la journée de demain risque d’être terrible, pourvu que je passe une bonne nuit.
 
 
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