
Pendant que je range mon barda, les hirondelles sagement restent dans leurs nids sans se soucier de moi. Je n’ai marché encore que 5 km quand au village suivant je suis déjà invité à boire un café. Je suis la rivière, les paysages sont très beaux avant d’atteindre Shkoder côté pauvre de la ville, je me refuse à prendre même qu’une photo de cette misère et je continue ma route. Je traverse la rivière sur un pont extraordinaire de vétusté, le seul pour aller sur l’autre rive. Les camions, bus, voitures, charrettes et piétons l’empruntent et comme l’on ne peut se croiser, un agent va d’un côté à l’autre pour bloquer la circulation.
Depuis plusieurs jours le terrain est plat, je fais de bonnes étapes, ce soir après 38km j’installe ma tente dans un pré en retrait de la route, à l’abri des regards. Je suis entrain de manger à l’intérieur quand j’entends du bruit, je sors de mon sarcophage quand je vois à 20 mètres de moi une femme, plus loin dans le pré deux hommes dispersés. Alors que je veux les rassurer, je leur parle pour établir le contact et ils se sauvent.
La nuit commencent à tomber, l’endroit est désert et le ciel comme tous les soirs depuis plusieurs jours est menaçant, quelques gouttes commencent déjà à tomber. Que faire, dois-je changer d’endroit alors qu’il va faire nuit ? La pluie vient de cesser de tomber, je prends la décision de remballer à la lampe électrique, un kilomètre avant j’ai vu un bâtiment en construction au bord de la route, à côté une baraque de chantier. Ma lampe à la main, face aux voitures, dans la nuit je remonte en arrière. Près de la baraque de chantier un chien de met à aboyer, 100 mètres plus loin à hauteur du bâtiment un autre aboie également quand, dans la lumière d’une voiture je vois un homme puis un deuxième, il est plus de 20h il fait nuit noire. Je m’approche d’eux, je leur dis que je suis français, ce que je suis entrain de réaliser et que je cherche un endroit pour dormir. Le plus âgé me dit qu’à 10km à Lezhe je trouverai un hôtel, je lui dis que c’est trop loin, qu’il fait nuit et trop dangereux de marcher au bord de la route avec toutes les voitures.
Il comprend mon désarroi, il me dit de le suivre dans la cabane de chantier qui, en fin de compte, est un arrière de camion frigo aménagé avec des vitres. Après avoir nettoyé un coin inoccupé, me met une plaque cartonnée sur laquelle il me pose une couverture en me disant que je peux me coucher là. Je mets mon duvet et mon sac comme oreiller, un bon lit de fortune. Nous étions à peine arrivés que la pluie se met à tomber pour ne pas cesser jusqu’à neuf heures le lendemain. Au centre de la pièce, une table et trois chaises, après avoir sorti d’un sac pain, fromage, tomates, oignons et poivrons confits ils m’invitent à partager leur repas du soir.
Dans ces conditions, c’est une soirée que vous appréciez, un bonheur de simplicité. Le repas terminé, à la lumière d’une mobylette nous faisons une partie de dominos. Après une séance de photos, c’est l’heure de se coucher. La personne la plus agée nous dit bonsoir, je ne sais pas si elle rentre à Lezhe où s’il va dormir dans le bâtiment en construction, je reste avec le jeune albanais, 25 ans environ qui a son lit de fortune dans le camion. Nous nous endormons au bruit de la pluie sur le toit. En fin de compte, mon choix de décamper était le bon.