

Je profite jusqu’au bout de ce confort, pour une fois je me prépare un petit déjeuner chaud. Pendant les 12 premiers kilomètres, je traverse cette plaine maraichère à perte de vue avant d’attaquer à nouveau la montagne, 7 kilomètres de montée à 6 et 7% comme indiquent les panneaux mais tout va bien, depuis plusieurs jours défilent les étapes de 35 km et plus. La forme est revenue, mes pieds me font moins souffrir. Après être arrivé en haut de la montagne, je serpente pendant une dizaine de km avant de redescendre sur la côte. Sur le chemin, je rencontre une vosgienne, elle habite Senones petite ville connue pour ses usines textiles Boussac où elle a travaillé au temps de l’âge d’or du tissus en France. Mon père aussi à travaillé Boussac, il y a fait sa carrière professionnelle pour la plus grande partie à Thaon les Vosges. Elle me demande son n° de téléphone pour l’appeler et lui dire qu’elle a rencontré son fils sur le chemin de Pékin.
Alors que j’arrive en bord de mer, un restaurant panoramique me temps les bras, Je profite de mon état de grâce physique pour faire la halte de midi dans cet endroit merveilleux. Si j’emploie souvent les mêmes mots : merveilleux, splendide, exceptionnel c’est que je n’ai pas d’autres mots pour qualifier la beauté des paysages je vois.
J’arrive à Neum ville plantée dans le flanc de la montagne en bordure de mer tôt dans l’après-midi, le camping espéré n’existe plus, il a du être remplacé par un ensemble immobilier bien plus lucratif dans cette région très touristique. Je le saurai le soir, les terrains dans cet endroit privilégié se vendent à prix d’or. La ville traversée, avant de remonter dans la montagne, je m’attarde dans une station où les cars touristiques ont l’habitude de faire une halte, c’est là que je rencontre tout un groupe de français en excursion à la découverte de la Croatie.

Vers 17h30, je reprends ma route, il faut que je trouve un lieu pour passer la nuit. Après un kilomètre de montée, quelques maisons au milieu des cailloux. Je cherche les 4 m2 plats avec le moins de pierres possible pour m’installer pour la nuit. A 10 mètres de la route, au milieu d’énormes blocs de pierre je trouve un emplacement acceptable. Pas question de monter la tente, mon poncho servira à protéger mon duvet, les étoiles me serviront de plafond. Mes va-et-vient ont attiré l’attention des habitants de ces lieux. C’est alors que j’entends deux femmes qui parlent, elles semblent chercher la silhouette qu’elle ont vu rôder. Quand je les aperçois, je les interpelle en leur disant bonjour dans la langue, elles acceptent la conversation, je leur dis que je suis français et que je vais à Pékin à pied, je cherche un endroit pour dormir. Une des femmes qui parlent un peu le français me demande si je veux de l’eau et si je n’ai pas peur des serpents, il y en a beaucoup dans cet endroit. C’est vrai que le long de la route je vois des vipères écrasées mais aussi des reptiles faisant jusqu’à un mètre de long. Je leur dis qu’il faut bien que je dorme et qu’avec le bruit que je fais ils se sauvent. Elles me quittent en me souhaitant une bonne nuit.
Les plus grosses pierres enlevées, le sol égalisé j’étale mon poncho, déplie mon duvet et me couche en attachant mon sac à ma main avec une ficelle pour éviter qu’on me le prenne pendant mon sommeil.
Alors que je somnole, j’entends près de moi une voix d’homme qui parle français. Je me réveille en sursaut, avant que je ne dise quoi que ce soi, il me dit : ma tante vient de me dire qu’un français dort au bord de la route. Il se présente, je suis belge, en vacances dans la famille, si vous voulez, venez près de la maison le terrain est plat et vous serez mieux qu’ici. Sans me faire prier j’accepte l’offre charitable. Il m’indique où je peux monter ma tente avant de m’apporter un verre de jus de fruit. Je suis entrain de m’installer quand il arrive avec une assiette pleine à déborder de légumes avec une côtelette cuite au barbecue. Je mange avec bon appétit avant qu’il ne revienne me voir pour me dire de venir participer au repas familial. Ivo, c’est son nom et sa femme doivent repartir dans deux jours, il me présente tous les convives, son père, sa mère, trois de ses oncles et tantes, un neveu étudiant en gestion à Dubrovnik et sa femme. Ivo habite Bruxelles où il exerce la profession de restaurateur. Tu vois me dit-il (en peu de temps nous avions sympathisé), ça c’est l’accueil Croate, moi je crois que c’est aussi l’accueil belge. Nous nous promettons de nous revoir à Lyon, pu à Bruxelles. Je prends une photo de cette soirée inoubliable avant de prendre congé et dire au revoir à tous, il est 21h30.